Panique au pays des consoles

Guerre consoles image leadSi vous n’êtes pas gamer, il y a fort à parier que le psychodrame qui s’est joué en juin à l’E3 de Los Angeles, le Festival de Cannes du jeu vidéo, vous a échappé. Microsoft et Sony y ont présenté leurs nouvelles consoles – la PS4 et la Xbox One – qui arriveront chez nous en novembre. Mais au-delà de la techno, un drame en trois actes s’est joué à Los Angeles, une affaire qui a failli conditionner tout le paysage ludique des prochaines années et qui appelle quelques réflexions pour le futur

« Drame » en 3 actes

Acte 1

Ambitions et interrogations

10 juin. Microsoft ouvre les festivités en présentant sa très ambitieuse Xbox One. Au menu, des spécifications techniques balaises permettant des animations et graphismes ultra-détaillés. La One est une machine à tout faire de salon : lecteur Blu-Ray, WiFi, commande gestuelle et vocale (grâce au capteur de mouvements Kinect, fourni avec la console, un Kinect 2.0, c’est promis juré, plus performant que le premier…) ou encore possibilité de discuter en vidéo avec des copains via Skype tout en regardant la télé. Que du bon, mais des bridages étranges font tiquer l’assistance, particulièrement l’obligation de connecter sa console au Net toutes les 24 h pour pouvoir jouer, même en solo. Heureusement, le monstre est proposé à prix raisonnable (499 euros).

 

Acte 2

Chute libre

Sony contre-attaque le 11 juin en lâchant une bombe : sa PS4 coûtera 399 euros, soit 100 de moins que sa concurrente ! (hé oui, au pays merveilleux des constructeurs, 1$ = 1 €).

Les choses vont mal pour Microsoft qui se fait voler la vedette et se retrouve en prime dans la peau de son concurrent au lancement de la génération précédente de consoles (la PS3 était beaucoup plus chère que la Xbox 360).  La chute va s’aggraver. Sony révèle en effet que la PS4 est à peu près aussi ouverte que la Xbox One est fermée : pas besoin de connexions internet pour le jeu solo, la PS4 accepte les jeux achetés d’occasion – pas la Xbox One —, elle est (sous condition) compatible avec les jeux d’ancienne génération – pas la One – et elle permettra aussi de pratiquer des jeux du monde entier alors que la One impose un système de zones, semblable à celles sur les DVD (concrètement, pas possible de jouer chez nous sur un import japonais). Même si la PS4 est une pure machine ludique et non une box multimédia ultime comme la One, même si Sony « oublie » d’annoncer que le multijoueur sera désormais payant sur la PS4, ce contre-pied complet laisse la One à terre.

Acte 3

Rétropédalage

Une semaine après, Microsoft fait un mea-culpa historique : le constructeur américain abandonne avec pertes et fracas à peu près tous les bridages de la One. Exit la liaison internet obligatoire le jeu en solo, au-revoir l’interdiction des jeux d’occasion, adios les zones pour les jeux imports. Seule reste la non-compatibilité avec les anciens titres Xbox 360.

 

Quelques réflexions

Une question de prix

Au début ça n’a été qu’une rumeur mais, le temps passant, il paraît à peu près certain que le prix final de la PS4 ait été fixé… au dernier moment, juste après la présentation de la Xbox One alors qu’elle devait, originellement, être proposée exactement au même prix que sa concurrente ! Il peut sembler étrange que le tarif d’un produit industriel impliquant des investissement à long terme puisse être ainsi manipulé à la dernière minute… mais il ne faut pas perdre de vue deux données fondamentales : la première est qu’une erreur de fixation de prix peut coûter très, très cher. La PS3 en avait jadis fait les frais avec une première année catastrophique en raison d’un prix exorbitant face à la concurrence. Autre donnée : les consoles de jeux sont vendues à perte ou quasi. C’est un fait : les industriels font leur réels bénéfices sur la vente de jeux, de services en ligne et d’accessoires. Il est d’ailleurs significatif que Sony, tout à sa satisfaction d’avoir profondément embarrassé Microsoft, ait « oublié » de dire que le multijoueurs, jadis gratuit, serait désormais payant.

Nouvelle communication

La mésaventure va, sans doute, ouvrir une voie intéressante pour la Xbox One : elle pourra, à juste titre, se targer d’être « la console qui écoute ses fans » et non plus celle qui « espionne ses utilisateurs » (le capteur de mouvement Kinect et ses caméras devant rester branchés en permanence). Il y a fort à parier que ça sera un axe de communication majeur de Microsoft dans les mois à venir.

Des cartes brouillées

Le joueur a-t-il tout gagné à cette affaire ? Pas sûr car cette volte-face de Microsoft fait disparaître des singularités – pour le coup très innovantes – de la One notamment le jeu « dans le nuage » (cloud gaming) permettant d’augmenter la puissance de calcul de la console via des serveurs distants (meilleurs graphismes et fluidité). Pour le grand public, la différence entre les deux consoles s’est par ailleurs très voire trop estompée. Il n’existe même plus les distingos intelligibles à chacun qu’on retrouvait dans les anciennes générations (la PS3 lisait des Blu-Ray, pas la Xbox 360 par ex.). Créer une vraie différence avec la concurrence va exiger pas mal de gesticulations chez Sony et Microsoft et, pourquoi pas, l’annonce de services innovants via le Net ? Si un comparatif « brut » vous intéresse, cliquez ici pour en lire un (en anglais). Si l’anglais ne vous pose pas souci, vous pouvez lire ici un excellent comparatif technique. Un autre plus centré sur la One est trouvable là.

Le marché de l’occasion sauvé ?

Dans les premières spécifications, abandonnées, par la Xbox One, il y avait la disparition du jeu d’occasion. Un jeu acheté et joué sur la One était pour toujours lié à un compte et ne pouvait donc être ni prêté, ni revendu d’occasion. Scandaleux ? Il y a pourtant fort à parier que si Sony avait emboîté le pas à Microsoft dans la vaste manoeuvre pour « tuer » le marché de l’occasion (grand fantasme de tous les éditeurs de jeux puisqu’ils ne touchent rien sur les jeux revendus d’occasion) et renforcer à outrance la protection anti-copie (grand rêve de toute l’industrie), personne n’aurait trouvé à y redire. On serait juste passé à autre chose. L’affaire a donc offert au marché de l’occasion un ballon d’oxygène… temporaire car personne dans l’industrie, même si tout le monde s’en défend, n’a perdu de vue l’objectif de tuer le marché de l’occasion. Rendez-vous à la prochaine génération ?

Jouer, bientôt (déjà ?) un loisir de riches ?

Aucun des industriels et éditeurs présents à l’E3 n’a voulu se prononcer publiquement sur le prix des jeux destinés à ces nouvelles consoles. Mais d’après plusieurs analystes, il faudra compter sur des galettes à 65 ou 70 euros et non plus à 60 ou 50 comme aujourd’hui. Jouer va-t-il devenir un loisir de riches ? Avec de tels prix, le consommateur risque de faire un tri encore plus drastique à l’échéance de Noël alors que 70% des sorties se bousculent à cette date. Il va y avoir des morts, et à coup sûr, de grands jeux parmi eux. Ceci dit, si cela pouvait inciter les éditeurs à réenvisager de commercialiser des jeux pliables en 6 ou 7 heures (par ex. les très populaires Call of Duty) ça ne pourrait être qu’une bonne chose… Le fait que les consoles comme la PS4 reste ouverte aux « petits » créateurs de jeux (achetables en téléchargement sur des marchés virtuels) laisse aussi de bons espoirs.

Messi Fifa 13 sur ancienne génération

Messi (Fifa 13) sur l’ancienne génération de consoles

Messi Fifa 14 sur Xbox One

Messi (Fifa 14) sur Xbox One

 

Author: François

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