5 raisons pour se mettre Sur écoute

Sur écoute

A l’occasion de la sortie de The Corner*, le roman qui a inspiré la série Sur écoute (The Wire), cinq raisons pour voir cette série policière cultissime… et injustement méconnue car peu et mal diffusée chez nous. Cliquez et laissez vous séduire par un pur chef d’oeuvre âpre et réaliste.

1. Chaque saison se déguste comme un bon polar

Produite de 2002 à 2008 par la chaîne HBO en plein âge d’or, Sur écoute décrit la lutte contre le trafic de drogue dans la ville sinistrée de Baltimore. Chacune des cinq saisons permet de suivre de A à Z une enquête particulière, en plaçant le spectateur à la fois auprès d’une équipe d’enquêteurs dont on partage les tracas quotidiens et les galères policières, techniques et administratives – rarement voire jamais aussi bien décrites – mais aussi aux côtés des criminels surveillés et en pleine tentative de semi-industrialisation du trafic de narcotiques. Ce parti pris narratif, la multiplication des points-de-vue, donne à chaque saison, la même sensation : celle d’avoir vu/lu (on ne sait plus) un fabuleux polar. David Simon, le créateur de la série reconnaît cette écriture très livresque, au point même de considérer chaque épisode comme un « nouveau chapitre » de l’histoire racontée durant une saison. Sur Écoute, c’est en fait un excellent polar en cinq tomes !

2. Les personnages sont 100% réalistes

Grâce à sa structure narrative très particulière, Sur écoute ne pouvait réussir son coup qu’en dessinant des personnages forts, aussi éloignés que possible des archétypes peuplant les séries policières. Un pari ambitieux et réussi haut la main. Ici, pas de caricature, mais des personnages crédibles. Tous dessinés avec nuance. Tous abîmés, qu’il s’agisse de personnalités centrales, tel l’obsessionnel inspecteur McNulty (Dominic West), de « figures du ghetto » comme le braqueur de dealers Omar Little (Michael Kenneth Williams) ou d’ahurissants entrepreneurs criminels à l’instar de Russel « Stringer » Bell (Idris Elba). La vraisemblance ne s’arrête pas aux personnages principaux. Tous, petits ou grands, sont bichonnés et détaillés à un point quasiment unique dans l’histoire des séries TV. Si tous sont si crédibles, ça n’est pas (seulement) dû au fabuleux talent d’écriture des deux auteurs de la série, David Brown et Ed Burn. Burn et Brown ne sortent en effet pas d’un condo hollywoodien, mais de la vraie vie. Simon est un ancien journaliste d’investigation d’un journal local de Baltimore et Ed Burns a arpenté les trottoirs de Baltimore comme policier durant 13 ans. Si les personnages de Sur écoute hurlent tous de vérité, c’est qu’ils sont tous inspirés de personnes réelles rencontrées par Burn et Brown.

3. Elle dissèque à vif la société américaine

Sur écoute est bien plus qu’une série policière. Elle jette la société américaine sur la table de dissection et tranche au scalpel dans la chair pour en révéler les muscles et les organes malades. Au-delà de l’enquête en cours, chaque saison est en effet l’occasion de livrer un regard à la fois social et scientifique sur les puissances officielles ou souterraines qui se disputent le pouvoir en Amérique. Qu’il s’agisse du trafic de drogue incrusté dans les cités pauvres (saison 1), de la classe ouvrière (en l’occurrence les dockers) poussée par la misère à s’acoquiner avec le crime organisé (sublime saison 2), des conséquences sur le terrain d’une course électorale frénétique doublée d’une tentative désespérée de dépénalisation de la consommation de drogue (saison 3), du naufrage du système éducatif public US (saison 4) ou encore de l’influence pernicieuse des medias (saison 5).

4. Elle est audacieuse

Sur écoute s’autorise de vraies audaces. Le plus intrépide est tenté lors de la saison 4. Le dispositif reste le même : enquête sur une saison mais les personnages récurrents des enquêteurs et criminels deviennent temporairement des seconds couteaux – un cas unique à ma connaissance ! – pour permettre aux téléspectateurs de suivre la trajectoire dramatique de quatre gamins pauvres englués dans le système éducatif américain. La saison 4 est d’ailleurs si atypique dans la forme qu’il ne paraît pas forcément recommandé de commencer à visionner la série par elle.

5. Elle a les qualités de ses défauts

Sur écoute peut et va probablement vous déstabiliser. Tout simplement parce que son écriture ne correspond pas aux canons des séries phares actuelles. Sur écoute n’est pas une course à étapes, c’est un semi-marathon qu’il faut accepter de courir sur la totalité d’une saison. Ici, nul retournement de situation en cours d’épisode pour éviter le zapping, pas de montée en puissance d’un suspens ébouriffant, encore moins de scène-choc clôturant un épisode. Impossible de louper le moindre dialogue au risque de se perdre entre les différents personnages.

L’humanité et la complexité de chacun des personnages – a-priori louable – peut, elle aussi, être perçue comme déstabilisante. Car si la série est peuplée de personnages récurrents et attachants (et des deux côtés de la barrière), bien malin qui pourrait montrer du doigt le ou les héros de la série. Même le personnage de McNulty, qui fait un peu office de rocher de Gibraltar à The wire, passe au second plan lors de nombreux épisodes.

Le dernier reproche que l’on peut faire à Sur écoute est qu’elle est datée. La série est en effet ancrée dans une période temporelle bien précise : juste avant et pendant le démarrage de la téléphonie mobile qui va d’ailleurs poser d’insolubles problèmes à la mise sur écoute des suspects. Est-ce à dire que la série lorgne sur une période révolue (nulle allusion aux réseaux sociaux ou aux smartphones) ? Ça se discute mais, à mon sens, l’argument est faible. C’est un peu comme si on jugeait datée une série dont les policiers seraient équipés de flingues en métal au lieu des armes en polymères actuelles. Le labeur d’enquête et de collecte des preuves, la nature et l’impact des crimes restent identiques, quels que soient la période et le matériel employés.


Une bande annonce réalisée par un fan de la série. Pas de panique, très peu de dialogues en VO (mais une super musique signée Nine Inch Nails).

The corner, deux volumes (hiver- printemps/été-automne) chez J’ai Lu.
The Wire saison 4 & 5 diffusée sur France O.
Coffret Intégrale Sur écoute saison 1 à 5 (Warner).

Author: François

Share This Post On

Trackbacks/Pingbacks

  1. A star is born | L'OEIL A VIF - un blog - [...] 5 raisons de se mettre Sur écoute [...]
  2. Rues meurtrières | L'OEIL A VIF - un blog par François Coulaud - [...] 5 raisons de se mettre Sur écoute [...]

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest

Share This