Walking dead 3 : droit dans le mur ?

 

Walking-dead-minimalist

Affiche minimaliste par Mike Pin

Alors que la saison 3 de Walking dead a redémarré hier soir sur les écrans US, un bilan de mi-saison s’impose.

Pour beaucoup de fans la saison 2 avait été « trop longue », il n’y avait « pas assez d’action ». Il est vrai que la chose était déconcertante : « seuls » trois personnages de premier plan mourraient dans la saison ? Trop nase ! Le groupe de survivants, au lieu de continuer le massacre pépère sur les routes, prenait le temps de rechercher une enfant terrifiée, perdue et isolée dans une forêt hantée de non-morts ? Trop nul !

Pour notre part, on a adoré cette saison 2. On a même eu l’impression, l’espoir même, que la série, divertissement punchy, passait ceinture noire en développant une thématique plus dense sur l’impact de la violence… Walking Dead saison 2 gagnait ainsi une colonne vertébrale et devenait autre chose qu’un show dont l’unique (mais pauvre) enjeu est la survie.

Prendre ainsi de la hauteur en cours de saison 2 était ambitieux, risqué, sans doute tardif.

Mais très louable.

Et très vite oublié.

Avec cette saison 3 (en tout cas sa première partie), les amateurs de gros gore qui tâche, les adeptes de purs massacres peuvent se réjouir. Après un démarrage plutôt gonflé – une longue intro de 5 minutes sans le moindre dialogue – angoissante, dense et du plus bel effet (survie mécanique des corps, désespérance des esprits), on assiste à un hallucinant équarrissage de 158 morts-vivants **soit une moyenne de 20 par épisode ! – sorte de rattrapage express pour ceux qui s’étaient ennuyés à la saison dernière –  en témoignait ce bout-à-bout ironique montrant tous les zombies dézingués jusqu’à la pause de mi-saison. Témoignait car le bout-à-bout a été bien vite retiré du net par AMC tant il démontrait l’absurdité de cette boucherie ininterrompue, pathétique rattrapage des fans par les cheveux  (màj : on l’a retrouvé ! A visionner ci-dessous mais gaffe aux micro-spoilers). Andrew Lincoln (l’interprète de Rick, principal personnage de la série) en rigolait d’ailleurs dans une interview à Télérama : « On se rapproche du quota de macchabées demandé par les fans du genre. »

walking-dead-governor_david_morrisseyÇa flingue, fend, perfore et décapite à tour de bras. C’est bien fait, saignant à point puis un peu mécanique, ça vire étrange (les victimes d’hier deviennent des prédateurs) puis à la lassitude dès le troisième épisode. Mais, ouf , le bain de sang ne s’arrête pas à la barbaque vagabonde et s’étend comme du pétrole embrasé aux personnages de survivants. Vous savez, ces individus qu’on avait appris à connaître, à apprécier, détester ou redécouvrir. Ceux-là qui deviennent, dans cette saison 3, de vulgaires marionnettes que les scénaristes tuent désormais sans rime ni raison (épisodes 4 et 5) sur l’autel du « fun ». Pour les pantins qui restent – les rangs se sont bien éclaircis à la mi-saison – il faut quand même continuer à donner un peu de « psychologie« . Impératif si l’on veut créer un enjeu minimum, un micron d’empathie pour mieux choquer le téléspectateur au moment voulu quand la marionnette le personnage chute sur des bouches poisseuses de chair humaine.

Mais bon, la psychologie faut pas que ça fatigue trop les méninges hein ! Alors on oublie les belles constructions de la saison 2 pour du symbole bien lourd. Á tout seigneur… c’est Rick, le leader, qui fait l’objet de tous les soins scénaristiques : après un gros drame (on a dit pas de spoil !) le voilà qui erre machette en main dans des couloirs ténébreux d’une prison (les corridors de l’esprit brrr), nouveau lieu de résidence des survivants. Voilà une subtile métaphore d’une potentielle culbute dans la folie qu’il suffira de comparer avec la délicate (mais trop lente coco !) bascule du personnage de Shane vers l’inhumanité (saison 2). Au cas où l’amateur de massacre 24/24 soit un peu perdu, on en rajoute : oui, oui l’ami (attention, baisse la tête, il y a un bras qui vole !) Rick est bien menacé de folie et si tu n’as pas bien compris on va t’encastrer ça dans la tête et les oreilles (grotesque et interminable séquence des appels téléphoniques).

Comme le joyeux petit théâtre d’ombres (qui va disparaître au prochain épisode ?) tourne quand même en rond, on introduit un nouveau prédateur dans la cage. C’est le personnage du Gouverneur, joué par David Morrissey. Au départ, ce zèbre étrange dirigeant une ville utopique au sein du chaos, peut intriguer. Mais au lieu de faire confiance à l’acteur – qui ne s’en sortait pas si mal pour laisser planer une ambiguïté et une sensation impalpable de danger  – on va te faire comprendre que c’est du Méchant. Deux scènes chocs – qu’on ne révélera pas – plus loin et on se demande comment ce suppôt de Ted Bundy ou Ed Kemper arrive à leurrer deux secondes ses paroissiens et à accrocher des paillettes aux yeux de la méfiante Andrea (personnage émouvant qui bascule, lui, en mode « blonde à dégager » façon Kim Bauer dans 24h chrono). Comment ? Parce que les scénaristes s’en foutent ! Le Gouverneur et ses sbires ne sont pas là pour introduire un nouveau niveau de dramaturgie ou, soyons grossiers, de réflexion, juste pour injecter une variante non putréfiée au carnaval des nuisibles.

On pourrait ainsi continuer longtemps… mais ça ne sert à rien. Les louanges sont unanimes, les geeks – le public prioritaire du show – sont semble-t-il heureux : enfin de l’action non-stop ! Le massacre des pantins – loin d’être achevé selon de récentes déclarations de Lauren Cohan (Maggie) – va continuer et « tant mieux, on en redemande » dixit certains sites de fans .

La série The Walking Dead reste fun, on est juste très triste qu’elle ait loupé l’arrêt en gare « âge adulte » alors que le jeu vidéo qui s’en est inspiré a, lui, réussi à exploser les frontières du simple divertissement pour oser l’empathie, l’émotion et la réflexion.

walking-dead le jeu

Lee et Clémentine, les deux personnages principaux du génialissime jeu vidéo « The walking dead » réalisé par le studio Telltale

 

François

Author: François

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