The raid : nouveau maître étalon

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Imaginez-vous face à un fantasme de cinéma d’action. Un véritable choc visuel, une sorte d’épiphanie d’adrénaline pop-corn. Un « petit » film si bien réalisé qu’il fait une OPA imparable sur le cinéma d’action et en devient le nouveau maître étalon.

 

Le pitch : Rama, un jeune membre d’une unité de police d’élite, débarque avec ses collègues dans un immeuble de Jakarta transformé en supermarché de la drogue. Leur – étrange – mission consiste à abattre le mafieux dirigeant les lieux. Mais les policiers sont rapidement coupés du monde puis assiègés sans relâche. Rama et ses collègues devront survivre dans un enfer dont chaque porte, chaque appartement ou cage d’escalier cachent un mortel traquenard.

 

Réalisé par Gareth Evans, un gallois exilé en Indonésie, le film emprunte clairement à John Carpenter – dans le commentaire audio, le réalisateur se cache d’ailleurs pas de cette honorable parentèle. Les hordes presque anonymes harcelant sans relâche les policiers sont clairement inspirées de celles d’Assaut. Certaines trouvailles (passages forcés entre appartement) et la claustrophobie générale suscitée par les couloirs de l’immeuble – décor quasi unique du film et presque son personnage principal – relèvent, elles, de francs clins d’œil à New York 1997. Mais là où Carpenter jouait sur la suggestion, The Raid montre. Il expose les membres brisés, exhibe les corps qui souffrent et agonisent à tel point que le spectateur finit par en avoir mal.

Bande annonce

Inutile donc d’attendre des bagarres à la sauce kung-fu, popularisées en Occident par Matrix. Gareth Evans – spécialiste du silat, un art martial indonésien – n’a pas voulu de chorégraphies propres, aériennes, montrant des mouvements parfaits et tellement rôdés qu’ils en font faux. Dans The raid, les pugilats sont méchants, les prises sont frénétiques, les bastons vicieuses. On n’est jamais dans le beau, le spectaculaire ou le ralenti époustouflant mais toujours dans le pain qui disloque, qui fait saigner et hurler de douleur. Les combattants s’empoignent comme des chiffonniers – les prises ne sont pas polies à coup de répétitions mais conduites par une urgence, une furie, une vitesse et un vice glaçants.

Pour s’en convaincre, il suffit de comparer l’intensité de deux séquences d’action : la première extraites de The Raid, la seconde de Matrix Reloaded. On ne croit pas une seconde au combat aseptisé et aux mouvements mécaniques de Néo (Matrix Reloaded), véritable démonstration de « show off » et de ralentis « j’me la pète » alors qu’on grince des dents devant la brutalité déchaînée opposant Rama (Iko Uwais) à quatre fâcheux armés de machette.

Bagarre façon The raid

Et la baston vue par Matrix reloaded

 Si The raid réalise à 100% son OPA sur le ciné d’action, c’est aussi qu’il réussit là où des films comme Ong-Bak échouaient. Ici, pas de scènes larmoyantes, d’expositions timbre-poste qu’on passe en baillant jusqu’à la prochaine scène d’action. The Raid est un long cauchemar dont chaque baisse de tempo – avec des pépites d’humour noir à l’intérieur (séquence du cadavre devant l’ascenseur) – suffit tout juste à reprendre son souffle – et ses esprits – tout en donnant un peu d’épaisseur aux personnages et en autorisant juste ce qu’il faut d’empathie avec eux. Accompagné par une musique inquiétante réalisée sur des synthétiseurs vintages – encore un hommage à Carpenter ? – par Mike Shinoda (Linkin Park), The raid est ce qui se rapproche le plus d’un authentique orgasme d’action.

 

Le bonus DVD qui vaut le déplacement

Dans l’édition DVD, l’unique bonus qui importe est le commentaire audio. Gareth Evans, le réalisateur du film, y livre, à un débit de mitrailleuse (mais en sous-titré français) et sans langue de bois, une foule d’anecdotes. Tout est passé en revue : des galères de budget, les accidents de tournage (un vol plané dans une cage d’escalier qui finit mal), ses influences (John Carpenter si tu nous entends), la débrouille permanente pour obtenir des plans uniques malgré le manque de moyens et surtout la manière remarquable avec laquelle ont été chorégraphiées les séquences de combat pour « dire » quelque-chose. Meilleur exemple : le traumatisant duel entre Jaka (Joe Taslim) le chef des policiers et le terrifiant Mad Dog (Yayan Ruhian). Les fans de Linkin Park pourront jeter un œil à la (très verbeuse) mais informative section consacrée à la musique composée par Mike Shinoda.

The Raid, M6 vidéo, 19 €, sortie le 24 octobre 2012

François

Author: François

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