Tueurs en série et ciné : l’enquêteur et le boomerang 3/3

 Troisième et dernière partie du théma Tueurs en série et cinéma réalisé avec la complicité de Stéphane Bourgouin. Pour la première partie, Miroirs déformants c’est par ici, pour la seconde, Chute et renaissance, c’est par là.

Le réel et le cinéma préfigurent  avec plusieurs décennies d’avance les études comportementales du FBI, entamées fin 1979 et qui aboutiront à la création des unités de profilers depuis surpopularisées – entre autres – par la télévision. Pour le réel, c’est le Vampire de Düsseldorf (Peter Kürten) qui a fait l’objet d’une étude psychiatrique peu avant son exécution comme le raconte Stéphane Bourgoin : « Toutes les recherches formalisées 50 ans après par les agents du FBI sont déjà dans cette étude de Kürten : le retour de l’assassin sur les lieux du crime pour se satisfaire sexuellement, sa fascination pour le feu, les actes de cruauté sur les animaux, son sadisme sexuel, sa manière de choisir ses victimes, leur traque, les repérages… » Au ciné, on compte aussi un troublant précurseur du profilage. Dans L’assassin sans visage (Follow me quietly, 1949), le réalisateur Richard Fleischer montre en effet un inspecteur traquant un étrangleur en série à l’aide d’un profil rudimentaire. Celui-ci est constitué d’un mannequin anonyme auquel sont attribués un certains nombre de caractéristiques physiques et de vêtements, à mesure que progressent les connaissances et indices sur le tueur.

Apogée haletante des films, l’arrestation tient souvent moins au génie des enquêteurs et des profilers qu’à un simple détail dans la réalité. « Crime après crime, le tueur se convainc de sa supériorité sur les enquêteurs et commet alors des erreurs. David Berkowitz, le « fils de Sam » sera par exemple attrapé à cause… d’un banal PV qui verbalisait sa voiture mal garée à quelques mètres des lieux d’un meurtre… » Même constat pour les profileurs, transformés en super-flics, à la fois intellectuels et policiers de choc par les films et séries. Stéphane Bourgoin : « Il faut bien être conscient d’une chose : les profilers du FBI n’ont jamais réellement réussi à faire directement arrêter un seul criminel ! Ils ne sont pas d’ailleurs pas habilités à mener une enquête de terrain. On peut même dire qu’un profiler du FBI est un enquêteur de salon en ce sens qu’il travaille d’après des photos de scènes de crime et de rapports de légistes. Leur efficacité est donc bien moindre que celle des profilers travaillant directement avec des forces de police locales. » La chose paraît d’autant plus vraie que le FBI ne renouvelle désormais plus les rangs de ses profilers comme le rappelle un excellent article sur le sujet.

Profiler les tueurs en série de cinéma revient quoiqu’il en soit à pister un schéma très uniforme qu’on retrouve – pour une fois – dans la réalité. Les tueurs en série de cinéma sont la plupart du temps, des hommes jeunes et blancs. Cette esquisse est grosso-modo fidèle aux statistiques du FBI qui constatent que les serial-killers sont des hommes à 88 %, blancs à 66,9% et commettent leur premier meurtre entre 27 et 28 ans. Stéphane Bourgoin s’étonne d’ailleurs qu’il « n’y ait jamais eu aucun film sur de vrais tueurs en série noirs comme Wayne Williams qui assassinait des enfants à Atlanta.. » Et de s’interroger : « Est-ce à cause du politiquement correct ? » Il poursuit : « Pour les femmes serial-killers, le problème est différent. Leur crime n’atteignent jamais la sauvagerie de leur congénères masculins. Elles utilisent la plupart du temps des armes « douces » comme le poison, qui feront au cinéma beaucoup moins peur que d’immenses armes blanches… » Exception quasi-unique dans la violence et, comme par hasard, l’une des seules à avoir eu « son » film, Aileen Wuornos a été condamnée à mort pour avoir assassiné par balles au moins sept hommes. Elle a été incarnée par Charlize Theron dans le film Monster.

Reste le problème, soulevé systématiquement après une affaire, d’un pseudo « effet boomerang » : la forte présence des serial-killers sur les écrans (1350 films de cinéma et 578 œuvres télés comptabilisés par l’Imdb à ce jour) suscite-t-elle des vocations meurtrières réelles ? Stéphane Bourgoin n’en connaît pas d’exemples documentés. « J’ai pu dialoguer avec une trentaine de tueurs en série et, il est vrai qu’ils adorent ces films violents, mais ceux-ci ne leur servent pas d’inspiration. Juste à entretenir leurs fantasmes. » Ce qui n’empêchait pas la profileuse sud-Africaine Micki Pistorius – aujourd’hui retraitée – de visionner systématiquement tous les films et séries traitant de serial-killers dans l’éventualité où elle tomberait, un jour, sur un criminel imitant les crimes fictifs de télé ou de cinéma…

Traits de caractère dominant d'un vrai tueur en série

D’après le dernier symposium du FBI sur les tueurs en série, il n’y a pas de cause ou de facteur unique identifiable conduisant au développement d’un serial-killer. Le seul facteur « signifiant est la décision personnelle d’un tueur en série de poursuivre ses crimes ». Autrement dit, les raisons souvent invoquées par les médias lors de nouvelles affaires (influence des films, des jeux vidéo, de certaines musiques…) n’en sont pas. Les spécialistes ont cependant détaillé quelques traits de caractère commun à la plupart des tueurs en série. Une check list « authenticité » qu’on pourra soumettre aux prochains serial-killers de cinéma.

Comportement social

– Egocentrisme hyper-développé

– Mensonge pathologique

– Besoin de manipuler les autres.

Comportement émotionnel

– Dénué de remord et ou de culpabilité

– Absence d’empathie

– Refus d’accepter une quelconque responsabilité

Comportement dans la vie courante

– Recherche constante de stimuli

– Impulsivité

– Irresponsabilité

– Absence d’objectifs de vie réalistes

Antécédents

– Problèmes de comportement dans l’enfance

– Délinquance juvénile et délits variés.

 

François

Author: François

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