Tueurs en série et ciné : chute et renaissance 2/3

Seconde partie de l’enquête sur les serial-killers au cinéma. Pour la première partie (Miroirs déformants) c’est par ici, pour la dernière partie (L’enquêteur et le boomerang) c’est par là !

Dhamer / Dexter. Jeffrey Dahmer (gauche) est devenu l’un des plus célèbres serial-killers des USA grâce à la diffusion TV de son procès. Est-ce vraiment un hasard si l’acteur choisi pour jouer le tueur télévisuel Dexter (talentueux Michael C. Hall) a une ressemblance assez troublante avec lui ?

Dans les années 70-80, les films de serial-killers abandonnent peu à peu toute psychologie pour verser dans l’extermination massive d’adolescent(e)s. On ne parle plus de tueurs en série mais de psychokillers puis, très vite de « slasher movies ». Les tueurs y sont des épouvantails dont le principal « intérêt » est la créativité avec laquelle ils font passer leur contemporains de vie à trépas. Leur règne est inauguré avec le succès colossal du Halloween de John Carpenter. Michael Myers (Halloween), Jason Voorhees (Vendredi 13) et autre Freddy Krueger (Les Griffes de la nuit) entament un interminable carnage. Les spécialistes italiens profitent de la nouvelle manne en pimentant la chose avec des effets de plus en plus gores, jusqu’à atteindre un Himalaya d’insoutenable avec le Blue Holocaust (Beyond the darkness en anglais) de Joe D’Amato.

Dépassés et même ringardisés par les slashers, les tueurs en série « classiques » quittent doucement le grand écran, partent se réfugier à la télé en devenant des accessoires pour des séries familiales comme Starksky et Hutch puis lâchent la barre. Seules quelques têtes surnagent tel Scorpio, le tueur qu’affronte Clint Eastwood dans L’inspecteur Harry. Stéphane Bourgoin : « Scorpio n’est qu’une version retouchée du Zodiaque, un inconnu responsable de 43 meurtres près de San Francisco entre 1966 et 1978. » Le Zodiaque, un tueur plus tard brillamment traité par David Fincher dans Zodiac. Autre exception au règne des slashers, cette fois française, avec le passionnant Le juge et l’assassin de Bertrand Tavernier. Le film y montre un pathétique tueur de bergères, incarné par Michel Galabru, manipulé par un juge retort (Philippe Noiret). Bourgoin : « Il est inspiré de l’affaire Joseph Vacher, considéré comme l’un des premiers tueurs en série français identifié. » Vacher tua une trentaine de femmes et d’enfants à la fin du XIXe siècle.

Mais à force d’abuser d’user d’une recette toujours semblable, le slasher lui-même finit par passer de mode. Ce qui ne l’empêche pas de connaître d’épisodiques soubresauts, le dernier en date avec la populaire saga Saw. Comme de coûtume avec les slashers, la vedette n’est pas tant le tueur et sa personnalité que les mécanismes monstrueux de mise à mort qu’il emploie. Le vrai « retour en grâce » des serial-killers au cinéma date de la fin des années 1980. Stéphane Bourgoin : « Les bouquins de Thomas Harris (auteur de Dragon rouge et du Silence des agneaux) se vendent alors comme des petits pains et les chaînes câblées établissent des records d’audience avec la retransmission en direct de gros procès de tueurs en série comme ceux de Ted Bundy et de Jeffrey Dahmer. » Ted Bundy, exécuté pour trois meurtres, est suspecté d’une cinquantaine d’autres assassinats aux USA et au Canada. Quant à Jeffrey Dahmer, cannibale et nécrophile, il a de son côté avoué le meurtre de 17 adolescents. Le public, est initié, familiarisé et, parfois, fasciné par les monstres grâce à la TV. Laquelle a d’ailleurs bien appris la leçon – et si l’on peut dire transformé l’essai – en métamorphosant un tueur en série « gentil » en héros télévisuel avec la série Dexter ! (voir ci-contre).

Dopé par l’aiguillon Lecter, les scénaristes jouent la surenchère avec des meurtriers « super-pointure », véritables génies du mal mettant en place des complots criminels dignes de Fu-Manchu et planifiant, par exemple, leurs actions des années à l’avance. C’est le cas du très impressionnant John Doe, le tueur de Seven (David Fincher). Doe et ses nouveaux confrères sont certes spectaculaires… mais au prix de beaucoup d’invraisemblances. « Le tueur en série n’a pas de plan préétabli à moyen ou long terme, explique Bourgoin. Ce qui ne l’empêche pas d’être organisé. Il sait par exemple à l’avance où tuer sa victime et où se débarrasser du cadavre. Il emporte aussi un « kit de crime » facilitant ses atrocités et comprenant des accessoires indispensables type liens pré-découpés, menottes… . Par la suite, il aimera, peut-être, jouer avec les enquêteurs et les médias mais sa motivation centrale reste très prosaïquement son propre plaisir narcissique et rien d’autre. » L’imagerie ciné des serial-killers grosses pointures en prend donc un coup… tout comme celle de l’enquête policière dont l’image ciné paraît, si la chose était possible, encore plus erronée…

Première partie : Tueurs en série et ciné : miroirs déformants 1/3

Fin : Tueurs en série et ciné : l’enquêteur et le boomerang 3/3

 Sept pêcheurs capitaux à la moulinette

Sept serial killers de cinéma passent à l’évaluation de Stéphane Bourgoin

(et de calembours douteux dont j’assume l’entière responsabilité).

Cliquer sur la flèche à droite pour dévoiler le diagnostic – les liens sur les titres des films vous permettent d’accéder aux bande-annonces

 

HANNIBAL LECTER (Anthony Hopkins)

Profession : Psychiatre.

Lieux du crime : Le sixième sens (Michael Mann), Le silence des agneaux (Jonathan Demme), Hannibal (Ridley Scott), Dragon rouge (Brett Ratner) et une série intitulée Hannibal avec l’acteur Mads Mikkelsen dans le rôle titre.

Modus operandi : Fait des analyses mordantes.

Signe particulier : Reçoit son thérapeute à dîner.

Diagnostic de l’expert : « C’est un personnage éblouissant dans Le silence des agneaux mais il est très éloigné de la réalité. Aucun tueur en série connu n’a ce type de diplôme (psychiatrie) et de position sociale. Par contre son comparse « Buffalo Bill » est un composite de plusieurs serial-killers réels : la technique d’approche (bras dans le plâtre) est celle de Ted Bundy, le puits où il garde ses victime est emprunté à Gary Heidnik etc… »

 

JOHN REGINALD CHRISTIE (Richard Attenborough)

Profession : Policier suppléant.

Lieu du crime : L’étrangleur de Rillington place (Richard Fleischer).

Modus operandi : acharné avec asphyxie au gaz, viol puis strangulation.

Signe particulier : Fait condamner un innocent à sa place.

Diagnostic de l’expert : « C’est une adaptation extrêmement fidèle d’un cas réel dont l’issue a contribuée à l’abolition de la peine de mort en Grande-Bretagne. Fleischer a décortiqué les perversions extrêmes de Christie tout en reconstituant méticuleusement les lieux. »

 

NORMAN BATES (Anthony Perkins)

Profession : Gérant de motel.

Lieux du crime : Psychose (Hitchcock), Psychose II (Richard Franklin), Psychose III (Anthony Perkins), Bates Motel (série TV), Psycho (Gus Van Sant).

Modus operandi : Maman, où t’as rangé le couteau de cuisine ?

Signe particulier : Porte bien la perruque.

Diagnostic de l’expert : « Que dire de plus que le premier Psychose était un chef-d’œuvre ? Le scénario de Stéfano reprend la trame du superbe roman de Robert Bloch qui a un peu inventé le genre. Seul changement : dans le livre, le tueur est plus âgé et plus empâté qu’Anthony Perkins. »

 

CATHERINE TRAMELL (Sharon Stone)

Profession : Ecrivain.

Lieux du crime : Basic instinct (Paul Verhoeven), Basic instinct 2 (Michael Caton-Jones).

Modus operandi : la poinçonneuse des beaux-draps.

Signe particulier : Sert des cocktails bien pilés.

Diagnostic de l’expert : « Les serial-killers femmes sont assez rares. De plus cette femme qui tue d’une façon excessivement violente pour satisfaire ses instincts sexuels ne correspond pas du tout à la réalité. Pas plus que ses planifications criminelles sur plusieurs années d’ailleurs. »

 

HENRY (Michael Rooker)

Profession : boulots occasionnels.

Lieu du crime : Henry, portrait of a serial-killer (John McNaughton)

Modus operandi : Multiples pour tromper la police.

Signe particulier : Emporte toujours des malettes de grandes tailles.

Diagnostic de l’expert : « Inspiré de la véritable odyssée meurtrière d’Henry Lee Lucas et Otis Toole, c’est pour moi le film qui représente le mieux l’état d’esprit du tueur en série quand il commet des crimes. Tuer ne représente rien pour lui et aucun remord ne vient le lancer. Dans la réalité Lucas et Toole étaient amants et ce dernier, surnommé le « cannibale de Jacksonville » était déjà serial-killer quand il a fait connaissance de Lucas. »


ZAROFF (Leslie Banks)

Profession : Noble dégénéré.

Lieu du crime : Les chasses du comte Zaroff (Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel).

Modus operandi : Chasseur à pied.

Signe particulier : Préfère l’arc tartare.

Diagnostic de l’expert : « C’est un film prodigieux mais Zaroff traque ses victimes pour se créer une sorte d’excitation ultime. Dans les années 80, un boulanger de l’Alaska nommé Robert Hansen kidnappait des prostituées qu’il emmenait au loin dans son avion avant de les traquer en forêt avec des armes de chasse. Les mobiles d’Hansen étaient plus prosaïquement sexuels que ceux de Zaroff. »

 

 

JOHN DOE (Kevin Spacey)

Profession : inconnue.

Lieu du crime : Seven (David Fincher).

Modus operandi : Illustrateur biblique.

Signe particulier : Organisateur-né.

Diagnostic de l’expert : « Complètement irréel ! Aucun tueur réel ne peut planifier des années à l’avance comme le fait John Doe et sa démarche mystique est de plus fantaisiste. Le seul tueur réel qui ait par exemple envoyé des messages cryptés à la presse et aux forces de police est le Zodiaque et son imitateur (copycat) de New-York. »

 

Author: François

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