Walking dead 2 : la saison qui change tout

Quelque-chose d’unique est arrivé.

Ca se passe sur la seconde saison de Walking dead. La « série avec zombies » de la chaîne américaine AMC réalise, en cours de route, une révolution, un renversement radical de ses fondamentaux. D’excellente distraction, elle devient une série majeure et, osons les gros mots, un chef-d’oeuvre en puissance.

Revenons un instant sur la saison 1. Première série « avec des zombies », Walking dead démarre en respectant les tables de la loi édictées par le père du genre, George Romero dans son cultissime Nuit des morts-vivantstélécharger et graver ici légalement, le film étant tombé dans le domaine public) . Le récit tel qu’accouché par Roméro peut être schématisé comme un « survival » – qui va s’en sortir, qui va mourir – peuplé de personnages archétypaux servant, en filigrane, une critique sociétale plus vaste. Dans la Nuit des morts vivants, Roméro dénonçait le racisme de la société US de la fin des années 60. Dans la suite, Zombie, Roméro déglingue les violences policières dans les ghettos et la société d’hyper-consommation s’emparant des USA dans les années 70.

Walking Dead saison 1 répond, presque, à tous ces critères.

Le survival est bien là, notamment à travers la découverte par le héros, Rick, modeste shérif de province, sortant du coma pour découvrir sa région puis son pays dévasté par un mal incompréhensible. Survival ++ lorsque le-dit Rick tente de trouver sa famille disparue dans la ville d’Atlanta infestée de morts-vivants.

Les personnages archétypaux répondent eux aussi présent à l’appel : le vieux sage, le geek débrouillard, la femme battue, le facho hyper-violent… Le cocktail, détonnant comme de juste, de personnages silhouettes n’ayant rien à faire ensemble à part survivre est juste astucieusement épicé par un ingrédient mélodramatique éprouvé : le trio formé par un mari (Rick), sa femme (Lori) et l’amant (Shane) de cette dernière qui se trouve être aussi le meilleur ami de Rick. Oui, Walking dead saison 1 répond à toutes les commandements du genre. A l’exception d’un seul, sans doute le plus important : la critique sociétale. On a beau chercher dans cette saison « fondatrice », hormis de l’action très bien menée, rien ne s’approche des saillies d’un Roméro contre une quelconque gangrène sociétale.

Arrive la saison 2.

Les curseurs de la série, son âme, se déportent peu à peu des attaques de zombies au profit des personnages de survivants ainsi que sur l’évolution de leurs relations. Des « héros » qui, malgré une perpétuelle course en avant, se développent, s’étoffent, se creusent. Au lieu de persister à n’être que de vagues silhouettes promises, à plus ou moins long terme, à un destin atroce, on en vient à faire connaissance, à entrevoir des personnes plutôt que des marionnettes de scénariste. Des zones d’ombres naissent, des nuances se font jour : on est face à des gens avec leur complexité et leurs paradoxes, avec des faiblesses, des moments d’euphorie ou d’abattement tel l’amant, Shane, qui passe de figure du profiteur-sournois à celle d’un homme réellement amoureux à la fois déchiré par la perte de son amante et soulagé par le retour de son ami.

De vedettes du spectacle, les morts-vivants deviennent des péripéties, des accessoires narratifs destinés à faire évoluer les personnages. A l’image d’Andrea, qui se pense suicidaire mais qui, confrontée à une situation de vie ou de mort, fait l’impossible pour s’en sortir et s’aperçoit ainsi qu’il lui reste une étincelle vitale. A l’image en fait de ce qu’a toujours voulu dire l’auteur de la BD originelle, Robert Kirkman.

Ce changement d’optique se fait en douceur, l’air de rien, alors que le groupe de survivants et les enfants qui les accompagnent pensent trouver un havre de paix dans une ferme éloignée de la route. Le téléspectateur vit cette respiration un peu anxieuse – la ferme a des secrets et un membre du groupe a disparu – jusqu’à un tétanisant épisode 7. Là tout bascule. Définitivement. L’épilogue stupéfiant et bouleversant de l’épisode démontre que la violence quotidienne à laquelle les personnages sont confrontée n’est pas, n’est plus un élément de distraction, d’entertainment. Pour les personnages – et pour les téléspectateurs – la violence du programme change de visage.

Pour les personnages, il ne s’agit plus de faire un carton sur des silhouettes affamées de non-morts pour survivre. Mais plutôt de survivre en tant qu’être humain à un exercice quotidien et nécessaire d’ultra-violence. Celle qui abîme les êtres et érode les relations entre les survivants. La bestialité frontale qu’ils sont contraint d’exercer avilie les sentiments (l’amour, la confiance, l’entraide), façonne vicieusement la psychologie des personnages d’enfants, détruit peu à peu toute trace de beauté puis le souvenir même de cette beauté dans l’âme des personnages. Certains y répondent en devenant de pures machines à survivre pour lesquels seul compte le prochain lever de soleil, quelque-soient les moyens d’y arriver. D’autres répliquent au mal par le mal en s’assemblant en meutes plus féroces et aussi dépourvues d’âme que les non-morts. D’autres enfin tentent de s’accrocher, de raisonner leur existence, leur rôle (ami, parent, chef) au sein du groupe. Ils essayent, et pour la plupart échouent, à trouver une sorte de nouveau contrat moral en société au sein d’un monde en plein chaos.

Pour les téléspectateurs ce changement brutal de nature de la violence vue à l’écran change, elle aussi, tout. D’un coup Walking dead, passionnant survival, devient une réflexion globale sur la réponse à la violence vue, assénée et massivement consommée aujourd’hui. C’est dans sa saison 2 que Walking dead trouve, et de brillante manière, la réflexion sociétale qui lui manquait jusque-là. Mieux que simplement se conformer aux tables de la loi édictées par George Roméro, Walking dead prend une toute autre envergure – son propos est infiniment plus subtil que les charges à boulet rouge du (saint !) père de La Nuit des morts vivants. Walking dead a changé de nature. Walking dead est devenue adulte.

Restent deux inconnues :

– Le débarquement de Frank Darabont, le créateur de la série, au début du tournage de la saison 2 au profit de Glen Mazzara, l’un des producteurs de The Shield est-il la cause de ce revirement ou le nouveau venu va-t-il donner un nouveau coup de gouvernail ?

– Les fans vont-ils suivre ? On peut d’ores et déjà en douter d’après quelques réflexions recueillies ici ou là sur le mode « Il y a moins d’action et plus de parlote ». Les amateurs d’horreur, les aficionados de « récits avec zombies », désormais privés d’un flot ininterrompu d’action violente non plus jouissive mais désormais douloureuse vont-ils rester ? Et les autres, ceux que le vrai sous-texte de la série aurait pu interpeller et passionner, viendront-ils ?

Walking dead saison 2, coffret 4 DVD le 5 septembre chez Wild side. On a regardé les bonus et on vous dit ici (bas de page) ce qu’il faut en retenir.

Le tome 16 de la BD qui a inspiré la série, intitulé « Un vaste monde » sort le 5 septembre aux éditions Delcourt.

La suite ne nous a pas forcément donné raison. Vous pouvez lire ici un coup de gueule contre à mi-saison 3 et là un bilan définitif contrasté (et à quatre mains) en fin de saison 3.

 

Author: François

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