« Le mec des zombies »

Eugène Clark dans « Le territoire des morts ».

« C’était qui ? Le mec des zombies ? » Pour répondre à cette question entendue dans la rue, ouais George Andrew Romero c’était le mec des zombies. Un mec adorable, équipé d’une monstrueuse paire de lunettes, d’un catogan un peu graisseux et d’une finalement funeste tendance à descendre des cigarettes.

Le mec des zombies a repris et modernisé un vieux mythe de la sorcellerie vaudou et l’a transformé en cauchemar sur pellicule. Pour dénoncer le racisme (La nuit des morts-vivants), les brutalités policières et l’absurdité de l’ultra-consumérisme (Zombie), le pouvoir fracturant de l’argent sur la démocratie (Le territoire des morts)….

Dans une très bonne interview accordée à Chaosreings, le mec des zombies expliquait : « Les zombies sont pour moi une manière de parler des problèmes […] le plus gros […] étant cette malheureuse habitude qu’ont les gens de se contenter de ce qu’on leur propose. Le vrai problème est que nous continuons à nous satisfaire des pouvoirs qui nous dirigent même quand ils sont stupides et que notre volonté de vouloir appartenir à certaines tribus, de faire partie de groupes, ne fait que servir encore mieux ces pouvoirs constitués. »

Le mec des zombies n’a pas tourné que des chefs-d’œuvre, il a souvent été foutraque, mais il a créé, dans des conditions financières commando, un mythe puissant. Une espèce de Janus culturel à double visage qui, en apparence, balance de l’hémoglobine, de l’action et du divertissement, mais finit toujours par montrer son vrai profil : une dénonciation sans concession, un hurlement de rage face aux dérives sociétales occidentales. Un Janus qui a irrigué en souterrain toute la culture populaire qu’il s’agisse du cinéma, de littérature et de jeux vidéo avec une telle force qu’il a fini par jaillir au grand jour — contre toute attente et censure — et devenir grand public (The Walking Dead).

Ouais, le mec des zombies est mort. Il a eu la mauvaise idée de partir le 16 juillet 2017 à l’âge de 77 ans. Pile au moment où les États-Unis ont choisi d’élire un étrange président et d’ouvrir une période qui paraît n’avoir jamais été aussi propice au mythe qu’il a structuré. Monsieur Romero a, paraît-il, fermé les yeux entouré de sa famille en écoutant la B.O. de L’homme tranquille de John Ford, un de ses films préférés.

Il est temps de dire adieu, et surtout merci, à celui qui a su inlassablement rappeler qu’un divertissement n’est finalement jamais aussi bon que s’il laisse une pointe d’inquiétude au cœur et les yeux grands ouverts.

George Andrew Romero.

Author: François

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