Accusé Walking Dead 4, levez-vous !

TWD poster mi saison

spoiler_alert2À mi-saison 4 de The Walking Dead, la confusion est totale, l’incertitude règne tant la série combine désormais le pire et le meilleur. L’amie Sophie Gauvin et moi avons donc décidé d’écrire un bilan de mi-saison à quatre mains un peu particulier. Le procès Walking Dead. Un jeu de rôle où Sophie, fan absolue mais un poil ulcérée, endosse l’habit du procureur tandis que j’assumerai celui de l’avocat. Avant d’attaquer réquisitoire et plaidoirie, un avertissement : l’argumentation va nous contraindre à entrer dans pas mal de détails au risque même de spoilers majeurs. Si vous n’avez pas vu cette première partie de saison 4, vous aurez été prévenu

 

Réquisitoire

Mesdames et messieurs les jurés, j’accuse le showrunner Scott Gimple et les producteurs Gale Anne Hurd , David Alpert et Robert Kirkman d’homicide artistique volontaire sur la quatrième saison de la série The Walking Dead.

Je les accuse d’avoir délibérément martelé un joyau du genre pour n’en extraire – en cette mi-saison –  qu’un caillou vulgaire et grossier.

Je les accuse d’avoir sacrifié la cohérence de l’intrigue et d’avoir surtout trahi les personnages de la première heure dans le seul but de décontenancer les téléspectateurs. Choquer à tout prix, tel semble être le mobile du crime.  Mais le coût de cette faute est colossal : ce sont bel et bien les figures historiques de la série, les personnages en passe de devenir de véritables icônes, qui payent le plus lourd tribut de ce qu’il faut bien qualifier de jeu de massacre scénaristique.

Daryl et Carol

Daryl et Carol : deux « victimes » majeures de cette saison 4 ?

La victime la plus saisissante ? Carol (délicieuse Melissa McBride). Les accusés veulent nous faire avaler que ce personnage, porteur jusque-là d’une progression cohérente – passant d’une souris apeurée (Saison 1), une mère éplorée (saison 2) à une survivante déterminée et protectrice (saison 3) – change d’un coup du tout au tout. La figure matriarcale du groupe se serait transformée, à l’ombre de ses camarades, en une psychopathe, exécutant une véritable horreur au nom d’un pragmatisme glacial ? Carol se retrouve ainsi exilée du groupe par le héros Rick qui s’autoproclame procureur, juge et bourreau et qui, sans un frémissement de sourcil, bannit un membre fidèle de son clan, une amie qui, rappelons-le, a traversé la troisième saison avec son nourrisson dans les bras !

Que la Cour me permette une référence à la grande philosophe Nabilla pour crier : « Non mais allo ?! »

Autre victime collatérale de ce massacre absurde : Daryl (Norman Reedus). L’homme sauvage et sexy qui offrait des roses Cherokee à Carol pour apaiser son angoisse (saison 2), celui qui trouvait dans la même Carol une âme sœur et un amour naissant (saison 3). Celui-là donc apprend le bannissement de sa dame de cœur… quasiment sans émotion ! Une petite minute de colère contenue contre Rick et passez muscade ! Mais où est donc passé le héros au grand cœur luttant sans relâche pour imposer son frère Merle dans la communauté ? Qu’est-il advenu de cet ours sensible, indépendant, rebelle et sérieux prétendant au leadership du groupe durant le  burnout de Rick ? (saison 3, bilan de saison 3 ici et bilan de mi-saison 3 là) ? Disparu ! L’arbalétrier n’est désormais plus qu’un soldat sans âme obéissant sans rechigner aux ordres de l’ancien flic. Fermez le ban !

Faire rentrer dans le rang, à coup de bottes, un personnage hyper-populaire dont le seul défaut est de ne pas exister dans la BD !

J’accuse le créateur de la BD – et influent producteur – de la série Robert Kirkman d’avoir torpillé Daryl, personnage si populaire de la série qu’il éclipse même le héros Rick ! J’accuse les décideurs de la série et d’AMC d’avoir durement repris les rênes d’un « monstre » qui leur échappait. Je les blâme d’avoir fait rentrer dans le rang, à coup de bottes, un personnage dont le seul défaut est de ne pas exister dans la BD originelle !

La dernière victime de ce concours de non-sens narratifs est Carl (Chandler Riggs), le fils de Rick. Un enfant-soldat que l’on avait laissé, en fin de saison 3, sur le point de basculer du côté obscur de la force. Le personnage s’est littéralement évaporé. L’adolescent, marqué au fer rouge par la mort de sa mère et en conflit larvé avec son père, est redevenu, entre deux saisons, un gentil garçon bien obéissant. Comment les scénaristes l’expliquent-ils ? Rien de plus simple : il suffit juste de lui confisquer son arme et le tour est joué … Ben voyons !

Hershel

Hershel

Mon devoir de procureur me contraint à voir, malgré tout, quelques circonstances atténuantes. La principale, on aurait tendance à dire la seule, est offerte par le traitement réservé au patriarche Hershel (Scott Wilson). Devenu, au fil du temps, la caution humaniste d’un monde apocalyptique où l’homme est un loup pour l’homme, il poursuit, jusqu’au bout, une évolution ciselée. Mieux, l’ancien vétérinaire est magnifié par une fin à sa juste mesure, déchirante, humaine, magnifique, laissant le téléspectateur orphelin d’un des phares les plus emblématiques de « The Walking dead ».

Auteurs et producteurs vont-ils poursuivre le massacre ou recouvrer la raison ?

Au moment de m’interroger sur ce que réserve la seconde partie de la saison, l’angoisse m’étreint. Auteurs et producteurs vont-ils poursuivre le massacre ou recouvrer la raison ? Alors que s’achève ce réquisitoire chimérique, quelques mots me reviennent : ceux Frank Darabont, créateur de la série limogé en fin de première saison. Face à un journaliste de « Variety », il s’exprimait en ces termes : « La création d’une série, d’une œuvre qui vous est chère requiert un profond engagement émotionnel. Quand cet engagement est lacéré par des sociopathes qui n’ont que faire de ce que vous ressentez et de ce que ressentent les acteurs ou l’équipe technique parce qu’ils ont leurs propres raisons de tout foutre en l’air, c’est loin d’être agréable. »

Sophie Gauvin est chef des rubriques sports et séries à la rédaction programmes de Télé Star et Télé Poche. Elle est déjà intervenue ici à propos de la saison 3 de Walking Dead.

 

Plaidoirie

Mesdames et Messieurs les jurés,

L’argumentation du ministère public ne tient pas compte d’un atout majeur sur cette mi-saison 4 de The Walking Dead : elle ose !

The Walking Dead était, jusqu’à présent, une histoire purement binaire : on y était soit vivant, soit un cannibale pourrissant. Or cette saison 4 tente – et réussit selon la défense ! – à explorer une toute nouvelle dimension. Une zone intermédiaire, une parenthèse grise toute neuve avec la maladie puis la contagion frappant le groupe de survivants. Car les malades, s’ils restent des vivants attachants auxquels on doit humanité et égards, peuvent basculer sans avertissement du côté zombies. Placés en quarantaine, ils naviguent dans des eaux troubles, une sorte de limbe dans cet enfer qu’est devenue la Terre.

Ça n’est pas un artifice mais une vraie nouveauté qui, non seulement relance la mécanique rôdée de la série, mais décuple la force des sentiments et des tensions entre les personnages. Mission d’autant plus réussie selon la défense que cette situation permet à un personnage fort – mais jusqu’à présent trop discret – d’éclore : il s’agit, bien sûr, d’Hershel. Le patriarche du groupe en devient un rouage majeur et offre une humanité intense au cauchemar vécu au quotidien par les personnages. C’est justement cette éclosion qui donne tout son sens, sa force et sa « beauté » à ce qu’il advient de Hershel lors du final.

Un des plus beaux coups de poker menteur de la série !
Carl et Rick

Carl et Rick

 

Les jurés devraient aussi considérer que la série, loin de ronronner sur les mêmes schémas, se renouvelle. Certes, elle torpille le « passage du côté obscur » de Carl, le garçon de Rick. Un basculement clairement annoncé comme un des enjeux phares de la nouvelle saison, tellement attendu par les fans qu’il n’avait, au final, plus de nouveauté. Les producteurs ont eu le cran de l’évacuer. Et encore ! Avec de gros bémols ! Car si le procureur s’est beaucoup plaint du tournant « incohérent » donné au personnage de Carol, il ne doit pas perdre une chose de vue : nous n’en sommes qu’à mi-saison. Rien n’indique que l’abomination dont Carol s’accuse – et qui lui vaut son exil – soit de son fait. Peut-être protège-t-elle quelqu’un en endossant, à sa place, le blâme ? Et cette personne (très) perturbée ne pourrait-elle pas se révéler Carl par la suite ? Ce que le procureur dénonce comme des incohérences pourrait, en fait, s’avérer dans la suite de la saison comme l’un des plus beaux coups de poker menteur de la série !

Une mid-season apocalyptique qui referme toutes les plaies ouvertes par le final pétard mouillé de la saison 3.
Walking dead S3, le Gouverneur

Le Gouverneur

Pour clore ma plaidoirie, plaise enfin aux jurés de considérer que cette saison 4 réussit à sortir de l’orbite du héros principal Rick, qui – le jury me pardonnera ce calembour misérable – cannibalisait la saison 3. Elle tente même des incursions originales : les deux épisodes intégralement consacrés au Gouverneur (David Morrissey) en sont de bons exemples. Ce personnage détesté, méchant grande pointure mais à peine esquissé psychologiquement dans la saison précédente, acquiert une étoffe et même un parcours. Son calvaire, sa rédemption puis sa dégringolade aux portes de l’humanité, sont assez finement menés. Cette boucle psychologique est même d’autant plus importante qu’elle est, pour beaucoup, dans la déflagration émotionnelle qui dévaste tout lors du final de mi-saison. Une « mid-season » apocalyptique, réalisée avec l’intensité d’un film de guerre qui, selon la défense, referme en un épisode toutes les plaies ouvertes par le pétard mouillé qu’était le final de la saison 3.

Nous demandons donc juste aux jurés d’accorder les circonstances atténuantes ou, au moins, le bénéfice du doute aux producteurs. La saison 4 n’est pas finie : elle fait très, très mal, c’est indiscutable. Mais ne peut-on admirer une série qui n’hésite pas à tenter la nouveauté – au risque de se tromper – au lieu de resservir à ses téléspectateurs un plat déjà bien connu ?

François

Author: François

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