Homeland : 24 h chrono… avec des neurones

Pitch : un sous-officier américain, Damian Lewis (Nicholas Brody), porté disparu en Irak, est retrouvé vivant après des années de captivité. Il rentre au pays en héros mais Carrie Anderson (Claire Danes), une analyste de la CIA, le soupçonne d’avoir été « retourné » par les terroristes qui l’ont gardé captif durant huit ans. Elle organise une surveillance illégale et très rapprochée du soldat.

Encore une série sur le terrorisme ? Oui. Mais Si Homeland surfe bien sur le trip paranoïaque usé jusqu’à la corde largement traité par la série 24 h chrono, c’est pour mieux s’en démarquer. Car ici, on oublie toute approche binaire (les Bons, les Méchants), pour explorer au plus près les nuances de gris. En forçant le trait (attention, c’est là que les fans de Jack Bauer vont jeter des pierres), Homeland c’est un peu un 24 h chrono mais avec des neurones (ouille !). La parentée entre les deux séries est d’autant moins contestable qu’Howard Gordon, l’un des maîtres d’oeuvre de 24 h, est aux manettes de Homeland. Mais si l’on retrouve les gimmicks propres aux aventures du sieur Bauer (suspens perpétuellement relancé, technologie accélérant les enquêtes) on assiste aussi d’emblée à une claire dénonciation de la psychose orchestrée par le gouvernement US après le 11 septembre (écoutes tous azimuts, violations de la vie privée) et ce dès le générique.

Même partant sur ces bonnes bases, Homeland pourrait n’être qu’un simple divertissement saupoudré d’un peu de bien-pensance post-Bush. Ca n’est pas le cas et on doit en être redevable à la fois aux acteurs et aux scénaristes. Car là où 24 h chrono s’arrête – l’action débridée, non stop – Homeland poursuit en analysant les motivations et les hantises de ses personnages. La chose est particulièrement vraie avec le personnage d’analyste auquel Clare Danes donne chair et épaisseur. L’actrice, très justement récompensée d’un Golden Globe en 2012 et d’un tout récent Emmy Award, compose un personnage très expansif, un brillant intellect posé sur des pieds d’argile (sa psyché) plus que convaincante : bluffante. La chose est au moins aussi patente pour l’excellent Damian Lewis, aussi taiseux et secret que Danes est volubile et lui aussi distingué aux Emmy 2012. Là où 24 h chrono sacrifiait tout au tempo frénétique de l’aventure, Homeland prend le temps de développer ses personnages et de les faire vivre sans pour jamais affaiblir l’impact du récit. Le duo est soutenu par une autre excellente trouvaille, l’acteur Mandy Patinkin (vu dans Esprits criminels) qui, en incarnant le mentor tourmenté de Clare Danes, fait un peu office de force faussement neutre entre les deux pôles magnétiques opposés que sont Danes et Lewis.

Scénaristiquement, la série trouve d’emblée son propre ton en alternant action, suspens, coup de théâtre à tiroirs et passages plus introspectifs. La bonne idée initiale ne part pas en vrille au bout de quelques épisodes, ne privilégie pas un ton unique (par exemple le suspens) mais s’épanouit. Contrairement aux apparences, toute la série n’est pas bâtie sur une idée simple(iste) : Lewis est-il un agent double ou pas ? La chose est en effet tranchée en cours de saison 1 sans que le suspens ou le récit n’en pâtissent. Au contraire, les scénaristes lancent de nombreuses nouvelles pistes. Au risque du hors-sujet ? En fait c’est pour mieux réussir à nouer fermement tous les fils lors d’un final maîtrisé qui, d’un prodigieux coup de rein, relance toute la machine et donne une nouvelle dynamique à la saison 2 (qui démarre aux USA le 30 septembre prochain). Le seul vrai grief qu’on peut faire au scénario de Homeland est un regrettable (mais court) ventre mou à mi-parcours. Un ventre mou, hélas impossible à traiter, sauf au prix d’un semblant de spoiler (voir ci-dessous).

Alors, Homeland = série culte ? Ce serait un peu exagéré. Mais Homeland est un divertissement adroit, intelligent et suffisamment ancré dans son époque pour marquer les esprits et fidéliser un public.

 

Attention (mini) spoiler !

Ce fameux ventre mou scénaristique, même s’il est court, survient quand même à un moment-charnière. Après bien des interrogations, on connaît enfin la vérité intime du personnage de Damian Lewis. La série abandonne, un temps, les petites touches de peintures subtiles pour travailler à la grosse brosse explicative. Certes, il fallait dévoiler sans s’attarder, mais ce passage un peu lourdaud – qu’on croyait à tort au coeur de la série – provoque un réel accroc au manège de faux-semblants qui constitue les muscles de Homeland.

 


Bande annonce (VO) Homeland

12 épisodes, sur Canal + à partir du 13 septembre. Adapté de la série israélienne Hatufim.


Author: François

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